Si la crise sanitaire complique la pratique de la solidarité, elle n’affecte en rien la détermination des bénévoles du Secours populaire. Ceux-ci, à l’approche de Noël, sont mobilisés pour permettre aux familles en difficulté de vivre la chaleur et la joie de ce moment de fête. A Rennes, les bénévoles se font Pères Noël verts : un mois durant, ils invitent les familles à venir choisir des jouets neufs pour qu’elles les déposent au pied du sapin.

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« Votre cœur balance ! », lance, rieuse, Dominique. Oui, le cœur de Louiza balance : entre deux poupées. Elle se décide finalement et l’élue s’en va rejoindre le bateau pirate et les quatre livres que cette maman a déjà choisis. Un large sourire se dessine sur son visage : en celui-ci se lit un immense soulagement car ses deux enfants auront, le soir de Noël, de beaux cadeaux au pied du sapin. Louiza a été invitée, comme une trentaine d’autres familles cet après-midi, à venir choisir des jouets et des livres neufs.

Quatre semaines durant, les familles viennent ainsi sur invitation dans cette petite salle de l’antenne sud du SPF de Rennes. Traditionnellement, l’opération se déroule sur deux journées seulement, dans une grande salle municipale. Mais cette année, en raison de la crise sanitaire, il a fallu réinventer les pratiques. Aussi cette salle, habituellement destinée à accueillir les personnes autour d’un café, a-t-elle été reconfigurée en libre-service de Noël. Les bénévoles semblent en avoir repoussé les murs : ses trente mètres carrés sont emplis de jouets, de livres, de décorations, d’un sapin – et de beaucoup de chaleur humaine. 

Des cadeaux que les parents déposeront eux-mêmes au pied du sapin

La petite équipe qui accueille les familles est constituée aujourd’hui de Dominique, éducatrice à la retraite, Anne, statisticienne au CHU et Salomé, étudiante en économie sociale et familiale. Michèle est là aussi, qui veille à ce que les tables et les bacs soient toujours bien fournis. Professeure de maths à la retraite, c’est elle qui a initié cette opération à Rennes : « Quand nous avons commencé ce système de libre-service de jouets neufs, il y a une vingtaine d’années, avec cette idée forte que les parents puissent choisir les cadeaux qu’ils déposeront eux-mêmes au pied du sapin pour les enfants, nous préparions environ 200 jouets. Aujourd’hui, il y en a plus de 1200 ! ».

Barbara, responsable de la vie associative des antennes de Rennes, éclaire : « Nous avons invité toutes les familles que nous avons aidées sur le plan alimentaire au moins une fois depuis le mois de juillet. Elles peuvent aller au libre-service alimentaire, se constituer un colis avec des produits frais, des produits secs et des légumes et ensuite choisir des jouets. On offre un jouet pour chaque enfant de moins de 7 ans et une carte cadeau pour les enfants qui ont entre 7 et 12 ans. Un livre est offert pour chaque enfant ! ». Au total, ce sont plus de 1000 jouets qui seront offerts au bout de ces quatre semaines de distribution et autant de livres, ainsi que plus de 700 bons d’achat pour environ 900 familles rennaises. 

« Le jouet qui touche »

« J’aimerais un livre avec des chansons pour mon bébé. Pour ma fille, une belle histoire. Et pour mon garçon, un livre avec des chevaliers », glisse une maman à Dominique. La bénévole déploie des trésors d’énergie pour aider les familles à choisir : « Ah je vous conseille ce livre-là ! Votre fils va adorer. Je le lis à mon petit-fils qui a le même âge et à chaque fois, qu’est-ce qu’on rit ! »

Salomé, quant à elle, accueille chaque nouvel arrivant pour lui expliquer ce que le SPF peut lui offrir tandis qu’Anne virevolte parmi les jouets. « Une dame est arrivée avec une idée en tête, raconte-t-elle. Un camion de pompier, c’est ce dont son fils rêve. Et nous sommes arrivées à lui trouver exactement ce qu’elle cherchait. Elle est repartie avec un jouet, ce qui est déjà bien, mais avec le jouet qui fera plaisir à son enfant. Le jouet qui touche. »

« Mon fils passera un beau Noël »

Evelyne, quadragénaire et mère de 7 enfants, confirme : « Ce sont les seuls jouets que les enfants auront à Noël alors je les ai bien choisis. Ce gros nounours, c’est pour ma fille de 3 ans : je sais qu’elle sera très heureuse ! ». Jocelyne, la quarantaine elle aussi, confie : « J’ai pris une boîte de Playmobil pour mon fils, c’est quelque chose que je n’aurais pas eu les moyens de lui offrir… Et cette petite maison, qui fera un beau garage ! Ça a été une année très difficile. Je n’ai pas pu travailler pour des raisons de santé. La première fois que je suis venue au Secours populaire ça a été difficile. Mais quand on a un enfant, on ne peut pas se poser trop de questions : je dois tout faire pour qu’il soit bien. Avec ces deux jouets neufs et deux autres que j’ai achetés d’occasion, lavés et joliment emballés, mon fils passera un beau Noël. Et puis, il y a les livres, c’est si important les livres ! »

Tout au long de l’après-midi, les cœurs ainsi balancent et se gonflent d’émotions qui se bousculent : au soulagement se mêlent parfois la honte, celle qu’Oleg, papa en exil, confie à demi-mot, la résignation ou la tristesse, que peinent à réfréner Jocelyne et Evelyne. Il y aussi la joie et l’excitation, qui finalement l’emportent, grâce à l’énergie des bénévoles, mêlée la beaucoup de délicatesse. « Je ne conçois pas qu’il y ait des enfants qui vivent Noël sans jouets, témoigne Michèle, bénévole à l’accueil, dont la grande douceur se teinte de détermination. C’est un moment privilégié pour eux. C’est important qu’ils aient un jouet au pied du sapin, et ce quelle que soit la situation de leurs parents. »

La musique des remerciements

Barbara revient sur cette détermination à conduire l’action tandis que la crise sanitaire bouscule tout. « Cette année, la distribution de jouets se déroule sur 4 semaines, à hauteur de 8 distributions par semaine, sur l’antenne sud mais aussi sur trois sites distants et sur l’antenne Nord ! Cela permet de limiter la concentration de personnes. Mais cela démultiplie la logistique : il faut apporter, à chacque fois, les jouets sur chaque site. Mais le point positif, c’est la reconnaissance des familles qui nous disent merci d’avoir maintenu cette solidarité, malgré tout ! » En effet, les remerciements ont bercé de leur musique cet après-midi. Ils justifient, à eux seuls, la fatigue : « J’ai mal au dos !», soupire Dominique à la fin de la journée. « Et moi j’ai mal aux jambes ! », répond du tac au tac Salomé. Et les deux bénévoles éclatent de rire… « Ces quatre semaines sont épuisantes mais si enrichissantes ! », ponctue Michèle. 

Mais la journée n’est pas tout à fait terminée. Une tête pointe : c’est Lala, une jeune maman qui a été reçue l’après-midi même en permanence d’accueil. Elle qui venait pour un dépannage alimentaire n’en revient pas de pouvoir repartir avec un jouet pour sa petite fille. Lala choisit une poupée de 84 cm – c’est écrit sur la boîte flambant neuve : « C’est exactement la taille de ma fille ! » Mais comment dissimuler le cadeau aux yeux de son enfant, qu’elle ira chercher à l’école dans quelques instants ? Le rire de Lala cascade, tandis que la poupée se mêle aux patates, émerge des laitues, prend un bain de semoule. Lala partie, son rire résonne encore dans la petite pièce. Cette fois, la journée est finie pour de bon. Les bénévoles du Secours populaire vont pouvoir souffler un peu – jusqu’à demain. 

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Crédits photos : Sébastien MARCHAND / SPF